Kenavo, Marc

Notre ami Marc Hertu nous a brusquement quittés.
Depuis le début de la Droguerie de Marine, Marc a participé à tous les évènements; il était co-fondateur de l’association Gens de Mer, d’Identités Plurielles et de l’Association des Amis de la Droguerie.
Alain Hugues lui a rendu lors de la cérémonie de crémation un hommage de marin :

Le plus lointain souvenir, on ne se parlait pas encore mais je l’avais repéré; Brise très fraîche d’Ouest, sans moteur il arrive en solo au vent arrière pour échouer un joli canot en bois sur la grève de Solidor; faut pas se rater ! Au dernier moment, la grand voile se coince sous le guignol empêchant affalage et autres manœuvres. Deux bonds, l’ancre est mouillée et la chaîne dévide à fond les ballons; Le canot rappelle et vient bout au vent avec 30 cm d’eau sous la quille; Je suis sidéré de tant de facilité, de sens marin et d’élégance à deux doigts d’une catastrophe annoncée.
Le goût de la belle manoeuvre a inspiré ses navigations, qui se confondent avec sa vie.
La belle manoeuvre c’est celle qui respecte le bateau, parce que Marc c’était l’amour des bateaux; De tous les genres et de partout, des engins de course, des coques de plaisir ou des outils de travail; « Barek he stur « , « Dame de Caux « , « Mandragore », « Gossip », Turlusiphon », « Acadie », « little big B  » et j’en oublie…
La belle manoeuvre c’est celle qui respecte l’équipage, parce que Marc c’était l’amour des gens ; Lors d’une marée d’hiver sur le petit cata « Vers Luisant » où j’étais son matelot, on était parti relever nos filières par moins 15 et vent de nordet force 6, les embruns givraient au fur et à mesure, le pont était couvert de glace; Quand j’ai chopé la perche, je lui ai dit « Je le sens qu’à moitié « ; La belle manoeuvre ça a été de dire « Jette, on rentre « ! Par respect pour notre sécurité on a fait un aller retour aux Minquiers dans un congélateur sans avoir viré un seul casier.
La belle manoeuvre c’est celle qui respecte le milieu, parce que Marc c’était l’amour de la mer et du vent, un des premiers en tant que pêcheur à se préoccuper de la ressource qui nous fait vivre, un marin philosophe qui attend la renverse ou bien que le vent se lève pour aller plus loin: 100 milles en 15 jours dans l’anticyclone des Açores avec Christine et Dudule sans s’énerver.
Tout cela se concentrait dans son amour pour la régate dont il connaissait parfaitement les règlements: Parce qu’on ne triche pas avec la mer, avec les gens, avec les bateaux. Marc épanouissait son art de naviguer et de vivre dans le respect des règles du jeu que l’on s’impose. Marc, c’était pas un tricheur.
Cela suppose une grande exigence, une grande rigueur, par exemple sa ponctualité légendaire, bien que comme le dit Christine, pour ce dernier rendez-vous, il est franchement en avance.
Et puis Marc c’était surtout un amour de la vie, le goût des 3emes mi-temps avec les potes, une transmanche pour voir si de l’autre côté il n’y a pas un pub d’ouvert ; une pratique constante de l’humour dérisoire, faire les choses à fond sans se prendre au sérieux, s’intéresser à tout en sachant qu’on est pas grand’chose.
Un peu de cette fumée s’élèvera non pas pour « monter au ciel » où il savait que personne ne l’attendait mais pour jouer avec un suroît de passage. Quelques cendres rejoindront les flots parce que c’est sur la mer qu’il était le plus heureux et c’est là que nous aurons le plus de plaisir à le retrouver.

A droite sur la photo, Marc Hertu, Président du Jury Gens de Mer lors de la remise du prix en 2010.