Auguste Boncors, « sauveur du lyrisme français » ou « l’excentrique poète » 1905-1971

Auguste Boncors est un personnage excentrique et déroutant. Né à Rostrenen le 25 mai 1905, ce « fou littéraire » est parfois considéré comme un génie, mais surtout comme un individu extravagant au comportement atypique.

Issu d’une riche famille Rostrenoise, fils d’un horloger et d’une quincaillière, Auguste Paul François Marie Boncors suit une école d’horlogerie. Il reprend l’entreprise familiale en attendant d’être un écrivain reconnu. C’est un être original, capable de toutes les provocations. Quand on lui amène une montre à réparer, il ouvre la porte et lance la montre sur le mur d’en face en proposant au client interloqué, d’en acheter une neuve. Il s’offre des gardes du corps qui chronomètrent sa plongée en apnée dans la fontaine de la Vierge de Rostrenen.

Anticonformiste, il est reconnu pour son extravagance. Ami de Robert Desnos qui apprécie sa littérature étonnante, il est cité par Eluard dans son anthologie de la poésie originale.

Rebelle, il multiplie les exploits les plus farfelus :

– il est privé de permis de conduire pour avoir percuté volontairement un troupeau de vaches en proclamant « On verra qui passera des vaches ou de la poésie ! »

– il est privé de permis moto après avoir réalisé un vol plané par-dessus une charrette de foin

– il construit un « vélocar » sur lequel il pédale allongé sur le dos

– il traverse la rue de la Marne à moto sur un câble

– il récite ses poèmes devant les écoles en distribuant des bananes

– il réalise son « plongeon américain » nu sur son vélo en tombant dans le canal.

 Avant la Seconde Guerre mondiale il se déguise en revêtant le costume du dictateur mais en août 1943, il est arrêté par la Gestapo. Embarqué d’abord pour le STO, il est ensuite déporté dans les camps d’extermination d’Auschwitz, Buchenwald, Dora et Niederhausen. Toute cette période est relatée dans Épopée infernale.

 Élève du collège de Campostal (Rostrenen) puis du collège Saint-François de Quintin, il est expulsé pour avoir été surpris nu dans une malle par un curé, puis exclu par les frères de Saint-Brieuc pour insoumission.

Il ne sort en ville que coiffé d’une couronne de lauriers. Il s’illustre dans des exploits saugrenus comme plonger dans une piscine attaché à son vélo ou à traverser la bourgade allongé sur une moto lancée à cent à l’heure.

Il publie en 1937 le premier volume des Odes triomphales dont la seconde partie sortira deux ans plus tard. Il écrit un Chant national à Guynemer en 1938, puis Trois Orphées aux enfers, un volume collectif de trois auteurs : Ronan Pichery-Abroc’hell et F. Jaffrenou-Taldir (Cercle de Brocéliande, 1952). À son retour de captivité, durant laquelle son humour le maintient en vie, il s’installe à Paris et s’engage comme manoeuvre gros travaux chez Renault, mais il n’y trouve pas réellement de plaisir. Il devient druide sous le nom d’Eost Bongorz, il meurt le 27 août 1971 à Saint-Guen, les bras en croix face au soleil. Il est enterré dans le caveau familial, face à la tombe d’Armand Robin.

 Auguste Boncors est le champion de l’autopromotion. Il sert sa publicité personnelle avec beaucoup d’aplomb. Il est capable d’une réelle autodérision comme dans sa lettre au publiciste*. Sous le nom d’Eost (signifiant août et moisson en breton) ou Eostig (rossignol en breton) Bongorz il se crée un personnage druidique à la mesure de sa personnalité.

Il a écrit parfois sous des pseudonymes : Potr Rostren et Aogust Bongorz.

 Ses oeuvres :

 Requiem of Clem-Solm (1937)

Odes triomphales, en deux parties ( entre 1937 et 1939)

Chant national à Guynemer (1938)

La Résurrection de Manon : Trois Orphées aux enfers, ouvrage composé avec Ronan Pichery-Abroc’hell et François Jaffrennou-Taldir, (1952)

Auguste Boncors

 * Lettre d’Auguste Boncors au publiciste:

Rostrenen, le 7 mars 1937

Monsieur le Publiciste,

Je me suis permis de vous transmettre mon effigie en grand, de même que trois aigles symboliques avec, au verso, Le Retour, dont les premières lettres des quatre premiers alexandrins forment le mot sacré d‘“Iéna”.

Les secondes Odes triomphales, dont je suis l’auteur pindarique, constituent une extraordinaire fantaisie de 1.200 pages, en 3 tomes, où grondent, où détonnent, où éclatent 1.800 hexamètres intervalés, d’un pôle à l’autre de l’ouvrage grandiose, par 600 pages d’une prose non moins étincelante.

Deux épopées composent la merveille : L’épopée impériale (5.000 alexandrins) et la Fantasia infernale (5.000 hexamètres sur la vie tumultueuse et royale de Pluton-Aidoneus). Il nous reste encore 8.000 alexandrins où le poète, emporté sur le quadrige d’une imagination ailée sensationnelle, bondit jusqu’au zénith de l’émotion la plus suave du monde, qu’il communique à tous. Loin des excitations malheureuses, et des défections élégiaques s’emparant de beaucoup — et presque toujours des meilleurs — au sein des métropoles, le poète-né, l’orphelin de génie sauveur du lyrisme contemporain, qui vous écrit, loin de tout ce qui était susceptible d’en contrecarrer l’essor de la puissance heuristique majestueuse, l’auteur (qui a trente-deux ans) des secondes Odes triomphales a conçu le monument littéraire incomparablement absolu et grandiose qui doit faire de lui, demain, le plus grand poète du monde. Lorsque Paris apprendra la nouvelle d’une création d’une œuvre aussi gigantesque, l’émotion y sera énorme ! On ne s’y attend pas : c’est trop grand, trop éblouissant sans doute de rencontrer une production littéraire résurrectionnelle qui soit, en des langues encore si manifestement dignes du grand Corneille, de Racine et de V. Hugo, à une époque essentiellement matérialiste, où l’argent avec la monstrueuse cohorte des jouissances vulgaires les plus sordides, l’emportent sur les sentiments de grandeur et d’abnégation sublime pour le beau qui animaient si merveilleusement les pairs dont j’ai lieu, aujourd’hui, de me réclamer, pour la plus grande gloire de la littérature française adorée.
Le prix de l’ouvrage complet sera de 120 francs. C’est une œuvre pompeuse et aristocratique par excellence. Il serait juste que le peuple français attende la parution d’une semblable rénovation triomphale avec la même impatience qu’anima la Rome antique au sujet de l‘Enéide de mon si doux et si harmonieux maître Virgile.

Nous comptons sur des hommes de talent comme vous pour l’annonciation fabuleuse, aux légions d’intellectuels qui peuplent la France, de l’exécution enthousiasmante et providentielle de secondes Odes triomphales.

Veuillez croire, monsieur le Publiciste, à ma profonde et indéfectible vénération poétique.

Le poète auteur des secondes Odes triomphales.

Auguste BONCORS.